Après les attentats de Paris, ne révisons pas notre politique syrienne

Tout en condamnant l’attentat contre Charlie Hebdo, un porte-parole du ministère syrien des affaires étrangères  a souligné que cet attentat démontrait le danger du « terrorisme takfiriste » et la nécessité de « corriger » les politiques européennes de « soutien au terrorisme ».

Nul doute, en dépit de ses condoléances, que le régime syrien éprouve une Schadenfreude devant ce qui vient de se passer à Paris. Depuis les premiers jours de la révolution syrienne, il a en effet travesti ses opposants en terroristes salafistes et, pour mieux faire prendre la sauce de sa prophétie auto-réalisatrice, libéré de ses prisons, notamment celle de Sednaya, les principaux jihadistes arrêtés par ses services (qui avaient auparavant facilité leur passage en Iraq pour contrer les Américains). Les principaux dirigeants de Da’esh sont directement issus de cette mouvance et selon certains spécialistes, sont toujours manipulés par les services sécuritaires syriens. A Genève II, l’unique message de Walid Moallem a consisté à marteler que le régime Assad était le seul rempart contre le terrorisme dans la région et devait en conséquence être soutenu.

Malgré l’émotion et l’horreur que nous ressentons tous depuis ce 7 janvier, ne tombons pas dans le piège de ceux qui depuis quelques mois appellent à pactiser plus ou moins ouvertement avec le régime Assad. Nous commettrions une faute morale et une grave erreur politique en coopérant avec lui contre le terrorisme.

A supposer qu’on ait le cœur à négocier avec un régime criminel, qui depuis mars 2011, massacre son peuple sans scrupules et par tous les moyens imaginables, encore faudrait-il que ce régime ait la moindre chance de gagner le combat contre le terrorisme. Or la leçon de ces derniers mois, est que l’armée syrienne et ses supplétifs marquent le pas un peu partout, quand ils ne sont pas expulsés de leurs bases. Les autorités syriennes ont de plus en plus de mal à lever des hommes, en particulier dans la communauté d’Assad, lasse de voir ses fils transformés en chair à canon. Comment, dans ces conditions, ce régime serait-il matériellement en mesure d’abattre ce qu’il a si largement contribué à créer ?

Par ailleurs, quelle confiance pourrions-nous avoir en un régime qui a prouvé à maintes reprises sa duplicité et dont l’unique motivation est d’assurer sa survie ? Il se hâterait de nous trahir si tel était son intérêt et nul doute qu’il considèrera que son intérêt est de nous trahir.

Le manche de la cuiller ne sera jamais assez long pour négocier avec ce régime infernal. C’est pourquoi il est essentiel que la France persiste dans sa politique actuelle et accroisse son soutien à l’opposition syrienne modérée, principal rempart contre le terrorisme.

Un commentaire

  1. Irène Labeyrie dit :

    Merci !

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