LI. « Prépare toi Mansour, ton tour est venu ! »

Dans un accès d’euphorie, nous fûmes tout près de croire que Salima avait raison lorsque, le 20 du premier mois de tichrine nous apprîmes la nouvelle de la mort du Grand Bédouin de Tripolitaine. Il était passé de vie à trépas, de surcroît dans des conditions humiliantes qui ne pouvaient que réjouir le peuple qu’il avait si longtemps tyrannisé. Pour nous, cette mort était un message d’espoir : on pouvait bel et bien renverser les dictateurs, même les plus sanguinaires. Nous ne doutions pas que cette nouvelle inquiétât sérieusement Mansour. La preuve en était que les télévisions sultaniques ne soufflèrent mot de cette grande nouvelle durant cinq jours. Sans les chaînes satellitaires et Internet, personne au sultanat n’en aurait rien su.

Cette mort, qu’il faudrait plus justement nommer exécution sommaire, entraîna plusieurs conséquences.

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L. « Va-t-en, Mansour, va-t-en ! »

 

Même si la répétition des atrocités exécutés sur ordre de Mansour donnait l’obsédante impression que le temps s’était figé au-dessus du sultanat, quelques évolutions se dessinaient tant au sein du régime que dans l’opposition.

Je n’ai fait qu’évoquer la rage qui s’était emparée de Mansour et de ses hommes après l’échec des opérations du ramadan. Leur cruauté se mua en férocité et en sadisme. Je ne doutais pas que lors d’une des réunions autour du sultan, celui-ci ait décrété de sa voix glaçante : « Pas de quartier ! ».

Je l’ai dit, au cours des mois précédents, outre les activistes, plus précisément ciblés, les forces de sécurité avaient tué sans ciller des femmes et des enfants. Dans de nombreux cas, je veux bien croire que ce n’était pas délibéré. Il en allait autrement à présent. Plus personne n’était épargné. Les rapts et les viols se multiplièrent ainsi que les mutilations et les tortures gratuites. Plus que jamais, Mansour voulait humilier, terroriser, anéantir. Aucun sentiment d’humanité, aucun scrupule moral ne le retenaient. Si les dictateurs ne sont pas naturellement portés à la clémence, il arrive que les considérations politiques les poussent à épargner des vies humaines. Mais, s’étant privé de toute porte de sortie politique, le sultan n’avait d’autre choix que d’écraser son peuple, au sens propre du terme.

Fort de cette certitude, il donna ordre de ne pas ménager médecins, pharmaciens et tous membres des corps paramédicaux s’ils étaient pris à soigner des blessés par balles. Plus de deux cents médecins furent arrêtés, mais aussi des infirmiers des deux sexes et des pharmaciens, qui avaient eu l’audace d’outrepasser les instructions. Les forces de sécurité se mirent à tirer sur les ambulances du Croissant rouge, à insulter et à battre ambulanciers et secouristes. Ils allèrent jusqu’à confisquer ces véhicules et à les utiliser soit pour endormir la méfiance des activistes, soit pour transporter ceux qu’ils venaient d’arrêter et s’apprêtaient à torturer. Que ce mépris de tous les principes fût dénoncé par diverses ONG internationales ou par la Galaxie des droits de l’homme laissait Mansour totalement indifférent. Je me demande même s’il n’en éprouvait pas une certaine fierté, celle qu’on retire en voyant son nom inscrit au livre des records.

Il est vrai que, depuis le début, ses hommes ne respectaient même pas ce rite antique et universel qui consiste à enterrer et à pleurer ses morts. Ils laissaient sans scrupule les cadavres pourrir en plein soleil, les volaient pour empêcher les familles de les ensevelir et dispersaient les cortèges funéraires en leur tirant dessus. Ils allèrent jusqu’à mettre fin, une fois partis les ambassadeurs occidentaux, à la cérémonie de condoléances organisée par la famille d’Hicham Nassar, pacifiste au doux sourire, qu’ils avaient torturé à mort. Alors qu’il était essentiel pour Mansour que la Cité reste calme, ses hommes n’hésitèrent pas à tirer, dans le quartier traditionnellement agité d’al-Hassa, sur la procession funèbre d’un petit garçon, tué la veille par l’un des leurs. Il est vrai qu’exaspérés par cette mort, tout en cheminant vers le cimetière, les participants, auxquels s’étaient jointes de nombreuses femmes, réclamaient à grands cris l’exécution du sultan. Lorsqu’ils se mirent à jeter des pierres sur les forces de sécurité qui les narguaient, celles-ci tirèrent à balles réelles, tuant trois personnes.

La tension était si forte que, même si on les avait invitées à garder leur calme, les troupes auraient eu le plus grand mal à se conformer à cet ordre. Or elles étaient toujours flanquées par les Spectres qui n’avaient, eux, aucune raison de modérer leurs réactions puisque la violence et le sadisme étaient leur raison d’être.

La multiplication d’assassinats ciblés signait cette montée dans la sauvagerie. Tout commença, au début du mois d’eloul par la mort du mufti de Béroée, qui n’était peut-être pas un meurtre, mais dont les circonstances laissaient place au doute. Religieux vénéré, il ne ménageait pas ses critiques au régime qu’il tenait pour responsable du bain de sang actuel. A la suite d’un sermon encore plus vif que d’habitude, le premier vendredi suivant le ramadan (que les révolutionnaires avaient baptisé « vendredi de la mort plutôt que l’humiliation »), le mufti reçut la visite de représentants des forces de sécurité. On ignore ce qui se passa exactement, mais, peu après leur départ, il eut une attaque. Certains affirmèrent que c’était une crise cardiaque, d’autres qu’il avait eu une hémorragie cérébrale. Quoi qu’il en soit, il fallut le transporter d’urgence à l’hôpital. Sa famille, qui l’avait accompagné, ne fut pas admise à son chevet. Lorsqu’on consentit enfin à la laisser entrer, le mufti était mort.

Il faut se souvenir que jusque-là, Béroée s’était gardée de toute action violente. Il y avait eu un peu d’agitation à l’université, mais rien de spectaculaire. Les quelques départs de manifestation avaient immédiatement été stoppés par les Spectres et les moukhabarat. Si le régime était responsable de la mort du mufti, comme le voulait la rumeur, il avait commis une insigne maladresse. En effet, ses funérailles donnèrent lieu à une immense procession où, pour la première fois à Béroée, la foule scanda le slogan qui résonnait d’un bout à l’autre du sultanat : « le peuple veut renverser le régime ». Elle cria aussi qu’elle préférait la mort à l’indignité et déchira des portraits de Mansour. Bien entendu, les Spectres donnèrent l’assaut. Mais le mal était fait. Béroée avait prouvé aux yeux du monde qu’elle partageait les sentiments du reste du sultanat. Seule la présence massive des forces de sécurité rendait périlleuse toute manifestation.

Les assassinats suivants, tous commis à Emèse, ciblaient des fonctionnaires de rang élevé appartenant aux minorités religieuses : l’un était chrétien, un autre chiite et les deux autres de la secte du sultan. Les médias du régime accusèrent évidemment les « gangs terroristes armés » qui cherchaient à fomenter la fitna, une guerre civile religieuse. Ces meurtres servaient tant la propagande et les intérêts du sultan qu’en dehors de ses fidèles,  personne ne crut à cette explication.

Dans les premiers jours du mois suivant, le fils du mufti du sultanat fut assassiné à Béréoée en même temps qu’un universitaire de cette ville. Les télévisions sultaniennes nous informèrent qu’une fois de plus, des « groupes armés » étaient responsables de ces meurtres. Difficile à croire puisque, à la suite de la mort de son fils, le mufti, qui avait donné quelques signes d’agacement devant la politique répressive du sultan, retourna au plus vite aux pratiques serviles qui lui avaient valu son titre.

Enfin, cinq jours plus tard, l’un des dirigeants de la communauté kardouque, membre du tout nouveau Conseil National Sultanien créé par l’opposition, et qui, le mois précédent, avait échappé à une tentative de meurtre, fut assassiné en même temps que son fils. Cela ressemblait beaucoup à un avertissement à la communauté kardouque, qui, jusque-là et contrairement à ses habitudes – sans doute parce que le régime s’était employé à la séduire par des promesses -, avait paru éviter tout débordement.

Après cette flambée d’assassinats ciblés, le régime revint à une conception plus industrielle du meurtre : le massacre de masse.

Cependant, la perte de toute référence et de toute inhibition morales finit nécessairement par se retourner contre vous, comme s’il existait un lien secret entre la morale et la cohérence logique. Epuisée par huit mois de répression continue, sous-payée, l’armée sur laquelle s’appuyait Mansour refusait de se laisser arrêter par d’apparentes contradictions. Aussi faisait-elle argent de tout, vendant aux rebelles armes et munitions, mais aussi carburant et enregistrements de scènes de tortures, les aidant, moyennant devises, à passer les frontières pour échapper à leur sort. Cette corruption, qui depuis toujours minait tout le système sultanique, n’échappait pas à Mansour et à ses hommes. C’était une donnée parmi d’autres qu’ils intégraient dans leur stratégie.

Il ne faisait aucun doute non plus que les services se livraient à des trafics d’organes. La plupart des victimes des tortures, celles du moins dont le corps était rendu aux familles, portaient en effet des cicatrices sommairement recousues, marques de prélèvement d’organes, non de supplices. Ce qui attestait que des médecins prêtaient la main à ces atrocités.

Cette barbarie quotidienne, ainsi que la frustration de n’avoir pas réussi à renverser le régime pendant le mois de ramadan expliquent que la révolution ait progressivement changé de nature. Cette évolution fut sensible dès le mois d’eloul, elle ne fit que se confirmer tout au long de l’automne. On glissa en effet de la lutte pacifique, dont les activistes étaient si fiers, à la militarisation.

Elle était inévitable dès lors que la répression se prolongeait et empirait. Aucune population humaine ne peut durablement accepter de se laisser massacrer ni se sacrifier à une idée. Toutes les sociétés ont admis le concept de légitime défense. De plus, au début de l’automne, rares étaient ceux qui croyaient encore que l’on pourrait convaincre, par la raison, Mansour d’abdiquer. Le chef de l’Armée Sultanienne Libre, le colonel Reda al-Sultan, le résuma d’une phrase : « On ne peut renverser ce régime que par la force et en faisant couler le sang. »

A l’époque, il était difficile d’évaluer le nombre de défecteurs qui avaient rejoint cette ASL. Difficile aussi de mesurer son degré d’organisation réelle. A en croire sa page Facebook, elle comptait plus de 10.000 hommes et était organisée en dix-huit bataillons dispersés sur le territoire du sultanat. Le colonel al-Sultan avait défini ses objectifs : protéger les manifestants contre les forces de sécurité et mener des opérations de guérilla urbaine contre l’armée lorsqu’elle assiégeait une ville. Restait à savoir si ces dix-huit bataillons ou brigades obéissaient réellement au colonel al-Sultan qui, on le sait, était retranché en territoire ottoman. Tout donnait à penser que le système de commandement était lâche et que la plupart de ces unités agissaient de leur propre chef. Par ailleurs, cette armée de la résistance ne disposait pas du matériel nécessaire pour affronter et repousser les troupes loyalistes. Des kalachnikovs et des fusils, quelques rares RPG – indispensables pourtant contre les tanks. Elle s’équipait grâce à la corruption de l’armée du sultan, mais aussi en récupérant tout ce qui tombait entre ses mains lors des affrontements et enfin, en recourant à la contrebande.

Les amis de mon père rapportaient que des armes entraient par la Principauté, de tout temps haut lieu de la contrebande militaire, et par l’émirat de Mésopotamie, où les tribus sunnites soutenaient leurs frères de l’autre côté de la frontière dans l’espoir d’affaiblir leur premier ministre chiite. Les prix s’étaient envolés. Ainsi, une kalachnikov, jadis à 800 dollars se négociait à présent autour de 1.500 dollars. Le prix des grenades et des fusils avait lui aussi doublé.

Mansour et Bahjat savaient qu’il leur fallait absolument enrayer la montée en puissance de cette armée libre. C’est pourquoi, je l’ai dit, après le ramadan, ils axèrent toutes leurs opérations sur la chasse aux défecteurs. Comme beaucoup d’entre eux se concentraient dans la région d’Emèse et d’Epiphania, ces deux villes ainsi qu’Aréthuse, à mi-chemin entre les deux, allaient au cours des mois suivants, subir d’innombrables sièges et leur population d’interminables martyres. Cependant, bien que traqués, ces soldats libres avaient réussi à se faufiler dans les environs de la Cité, à Zeboud notamment où, au début de l’hiver, ils réussirent même à s’emparer de la ville. Temporairement, certes, mais assez pour irriter Mansour et Bahjat et inquiéter certains de leurs affidés.

Le spectre de la guerre civile avait suivi ce glissement vers la militarisation. Je l’ai dit, Mansour misait beaucoup sur lui pour reprendre en main le pays. Il était convaincu que la majorité de la population abandonnerait le fantasme de la révolution pour rentrer au bercail sous la houlette de son berger dynastique. Convaincu aussi qu’effrayés à l’idée d’une guerre civile, qui ne pourrait manquer d’embraser toute la région, les Occidentaux changeraient de discours à son égard et, comme ils l’avaient déjà fait, passé un délai de décence, reviendraient lui manger dans la main.

Cependant, devançant la structure politique qui s’était constituée en exil – le Conseil National Sultanien -, la population ne se contentait plus de soutenir et d’acclamer l’Armée Sultanienne Libre lors des manifestations. Dès le second vendredi du mois d’eloul, elle avait baptisé la journée « Vendredi de la protection internationale ». A la fin du premier mois de tichrine, elle appela à un « Vendredi de la zone d’exclusion aérienne ». Petit à petit, l’idée que le peuple ne réussirait pas tout seul à renverser Mansour se frayait un chemin dans les esprits.

Dans les mois suivants, elle serait à l’origine de divisions irrémédiables au sein de l’opposition organisée (ou se disant telle), mais aussi entre les membres du Conseil National vivant à l’étranger et ceux qui, avec la population, affrontaient chaque jour la sauvagerie du régime. Si j’avais pu en discuter avec Bassam, il aurait probablement fait quelques remarques sur le fossé qui séparera toujours la théorie de la pratique. Contrairement à d’autres, il aurait eu quelque légitimité à se risquer dans cette analyse puisqu’il était courageusement passé de la théorie à la pratique. Puisque, comme j’avais toute raison de le craindre, il était en train de payer pour avoir pris ce risque.

Plus que jamais, je rongeais mon frein. L’inquiétude sur le sort de Bassam achevait de colorer en noir toutes mes journées. Je n’attendais plus rien de ce régime, sinon davantage de sang et de haine. S’il n’avait tenu qu’à moi, j’aurais depuis longtemps rejoint les rangs de l’Armée Sultanienne Libre. Sans doute avec une certaine présomption, j’avais le sentiment que, si l’on m’avait confié la direction des opérations militaires, la révolution aurait marqué quelques points décisifs. Je pensais aussi que mon nom, ou plus exactement celui de mon père, connu en Occident, aurait pu décider l’opinion publique internationale à soutenir notre cause autrement que du bout des lèvres.

J’en étais réduit à me réjouir, comme le reste de la population de petits riens, montrant que, contrairement à ce que pensait Mansour, l’esprit de la révolution corrodait aussi la capitale, pourtant sous haute surveillance.

Un matin, les passants matinaux découvrirent, pendue à plusieurs ponts de la ville enjambant l’Abana, une effigie de Mansour.

Un soir, les activistes éteignirent sans sommation les lumières qui, dès le crépuscule, éclairaient la montagne du Prophète veillant sur la Cité.

Un jour, Salima revint toute excitée des vieux quartiers où elle s’était rendue pour assortir des fils à ses travaux de couture du moment. Dominant sans peine la rumeur du souq -  le brouhaha général des temps heureux s’était amoindri -, retentirent soudain les premières paroles de la célèbre chanson « Yalla Irhal Ya, Mansour » , l’un des hymnes de la révolution qui avait valu la mort à son auteur à Epiphania. Affolement général, raconta Salima. Les forces de sécurité barrèrent toutes les issues du souq, empêchant les chalands de s’échapper. Elles étaient prêtes à saccager toutes les échoppes et à fouiller tout le monde, y compris les femmes, pour trouver la source du blasphème. Mais l’un d’eux la découvrit avant que ses collègues n’entament déprédations et brutalités : un minuscule magnétophone caché dans un panier accroché à un vélo, qu’un enfant inconnu avait poussé contre un mur du souq quelques instants plus tôt.

« Yalla, Mansour, va-t-en ! » commenta Salima encore toute réjouie de l’événement.

XLIX. « Aucun régime n’est éternel, Mansour ! »

Il est bien difficile de tenir la chronique de ces mois sanglants. La reproduction des massacres, d’un bout à l’autre du pays, finissait par les transformer en routine. Et de ce fait, le temps semblait écrasé. Comme si nous nous étions égarés dans une boucle temporelle, où les tueries étaient condamnées à se répéter éternellement, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus personne à abattre. Pour ceux soumis à la torture, pris sous le feu des forces de Mansour, affamés, malades, abandonnés à leur sort, terrorisés, chaque jour était bien sûr différent. Leurs souffrances s’ajoutaient distinctement les unes aux autres ; ils comptaient nécessairement ces journées en enfer.

Le temps jouait un rôle essentiel dans la révolution, nous le savions tous. Mansour mieux encore que les autres car le temps avait toujours été sa variable préférée. J’ai raconté qu’à maintes reprises, sa politique avait consisté à gagner du temps. Mû par l’habitude, il persistait dans cette voie, alors même qu’il semblait s’être engagé dans une impasse et qu’on ne voyait pas ce que pourraient lui apporter quelques semaines ou quelques mois supplémentaires.

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XLVIII. « Le pays est à nous ! Il n’appartient ni au sultan ni à sa famille !

 

A l’orée d’eloul, malgré le regret de n’avoir pas réussi à abattre le régime pendant le ramadan, malgré les nombreuses victimes tombées au cours du mois sacré, certains pensaient encore que Mansour ne tarderait pas à faire ses bagages. Un célèbre journal arabe alla jusqu’à écrire : « le régime est déjà mort, le cercueil déjà prêt, les faire-part imprimés. Il ne reste qu’à l’annoncer officiellement ». Ce qui était, malheureusement, aller un peu vite en besogne.

Le régime en effet était loin d’être moribond. De surcroît, il semblait comme enragé que la population ait résisté à tous ses coups de butoir du ramadan et horripilé que le procureur d’Epiphania ait réussi à lui échapper. Cette fureur explique le rappel des derniers paléo-dinosaures de la sécurité, ceux que, jusque-là, Mansour avait laissés s’engourdir dans la retraite : les hommes qui, sous son père, avaient sévi en 1982 à Epiphania.

Elle explique aussi certains gestes de cruauté gratuite, dont l’arrestation d’une brillante psychanalyste du sultanat, au moment où elle s’apprêtait à se rendre en Europe pour des raisons familiales et de santé. Elle avait exaspéré Mansour en créant des groupes de parole pour aider la population à surmonter la haine et la peur et porté ainsi atteinte à sa stratégie qui jouait sur ces deux sentiments. Son arrestation était un acte inconsidéré, traduisant un profonde méconnaissance de la psychologie des Occidentaux : elle provoqua en Europe et en Amérique une houle d’indignation bien supérieure aux réactions qu’avait suscité le massacre de milliers de personnes.

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Syria : Politics and Morals

We have made many mistakes in assessing the Syrian regime and its leader Bashar-al Assad. I have already pointed out a few of them in this blog. Our most serious mistake was probably to consider that it was simply more harshly despotic than other regimes, without seeing that its very nature differed from the dictatorships we usually compared it to.

Let’s admit that we may have been taken in by the appearance of the young dictator, reputedly schooled in the West (where he only spent fifteen months as an adult and mainly in the company of Syrians), trained as a doctor, a profession that would seem, a priori, to require some qualities of compassion and married to a young, beautiful, UK-educated Syrian with an impressive résumé (that no one ever thought to check however).

And yet there were many signs that should have awakened our caution. Nevertheless it took five months for the westerners to understand that it was useless to wait for him to change his governmental politics and, at last, call for his resignation.

Deep down, we see the Syrian regime as the oriental cousin of Tunisia or Egypt, that is, securitocracies with patrimonial power that the West put up with for economic or geopolitical reasons. But it’s more to Saddam Hussein’s or Gaddafi’s regimes that we should have, from the start, compared Bashar-al Assad’s.

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A mes lecteurs

Pas de nouvel épisode cette semaine car j’ai consacré l’essentiel de mon temps au nouveau texte que vous pouvez lire à la rubrique « actualités »

A la semaine prochaine, je l’espère.

SYRIE : LA POLITIQUE ET LA MORALE

Nous avons commis beaucoup d’erreurs dans notre évaluation du régime syrien et de son chef, Bachar al-Assad. J’ai déjà eu l’occasion sur ce blog d’en signaler quelques-unes. La plus grave est sans doute d’avoir considéré qu’il s’agissait d’un despotisme simplement plus brutal que les autres alors qu’il est en fait d’une autre nature que les dictatures avec lesquelles nous l’avons longtemps comparé.

Admettons que nous ayons pu être abusés par les apparences de ce jeune dictateur, réputé formé en Occident (alors qu’il n’y a passé que quinze mois, à l’âge adulte et n’y a guère fréquenté que des Syriens), formé à la médecine, profession qui semble a priori exiger des qualités de compassion, marié à une jeune et jolie Syrienne éduquée au Royaume Uni, dotée d’un impressionnant CV (que toutefois personne n’a jamais eu l’idée de vérifier).

Pourtant, nombreux étaient les indices qui auraient dû nous amener à nous montrer plus circonspects. Il a néanmoins fallu cinq mois aux Occidentaux pour comprendre qu’il était inutile d’attendre de lui qu’il réforme son mode de gouvernement et appeler enfin à sa démission.

Au fond de nous, nous considérions le régime syrien comme le cousin levantin du tunisien ou de l’égyptien, c’est-à-dire des sécuritocraties avec patrimonialisation du pouvoir, dont l’Occident pouvait néanmoins s’accommoder pour des raisons économiques et/ou géopolitiques. C’est davantage aux régimes de Saddam Hussein ou de Kadhafi qu’il aurait fallu, dès le début, comparer celui de Bachar al-Assad.

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XLVII. « Puisse Dieu ne jamais lui pardonner ! »

 

La fin du ramadan, dix jours plus tard, emporta les espoirs des protestataires. Ceux aussi du sultan et de ses troupes. Plus que jamais, les deux parties se trouvaient dans une impasse. Pour aucune des deux, il n’y avait d’alternative à la voie empruntée parce que le jeu était allé trop loin. Parce qu’il y avait eu trop de sang versé, trop de morts et de disparus. Mansour avait brûlé ses vaisseaux en persistant dans la méthode sécuritaire et en l’intensifiant aux premières heures du mois sacré. Les révolutionnaires, comme Bassam, refusaient l’idée que des milliers d’êtres humains soient morts pour rien.

Mansour s’était engagé dans une voie sans issue ; elle se traduisait par la permanence de sa réaction au soulèvement de son peuple contre lui.

Il ne démordait pas de la fiction abracadabrante que, s’inspirant des théoriciens du complot, il avait inventé dès l’insurrection d’Adraa. Plus que jamais, à en croire les télévisions publiques, le Sultanat faisait l’objet d’attaques par des gangs armés, soutenus financièrement par notre ennemi et la République d’Amérique. Ces terroristes islamistes étaient responsables de la mort de nos concitoyens et des vaillantes forces de sécurité chargées de les protéger. Furent ainsi diffusées d’étranges images montrant ces « salafistes » jetant dans l’Axius les cadavres de soldats, du haut d’un pont.

Elles n’étonnèrent pas ceux qui avaient cru, comme le soutenaient les médias publics, que l’armée n’était intervenue en plein ramadan à Epiphania, à Osara et Qatchla, à Laodicée et à Emèse qu’à l’appel de la population terrorisée par ces gangs armés. Ce qui explique, j’imagine, que télévisions, radios et journaux du régime n’aient jamais indiqué le nombre de victimes civiles à Epiphania et ailleurs, alors qu’ils signalaient abondamment les morts au sein des forces de sécurité. Au reste, lors de l’anniversaire de l’armée sultanienne, Mansour félicita publiquement ses troupes pour leur action contre un complot visant à morceler le Sultanat, puis à diviser toute la région en petits Etats qui se feraient la guerre.

Etrange aussi de voir la place qu’accordèrent les télévisions publiques aux émeutes britanniques. Histoire, sans doute de relativiser le soulèvement du Sultanat et de montrer l’intérêt de la méthode forte dans certains cas.

Parallèlement à cette sombre histoire de complot, Mansour persistait dans la fiction juridique des réformes qu’il octroyait généreusement à son peuple. Au début du mois, nous eûmes droit à l’instauration du multipartisme (sans modification de la constitution, ce qui rendait vaine cette réforme). A la fin du ramadan, on nous gratifia de la liberté d’information, avec il est vrai d’importantes restrictions puisqu’était interdit tout ce qui porterait préjudice à l’unité nationale et à la sécurité du sultanat ou inciterait à la haine entre confessions. Sans doute est-ce parce qu’ils jugeaient que ses dessins portaient atteinte à l’unité nationale que les gros bras de Mansour kidnappèrent, rossèrent et abandonnèrent sur le bas-côté d’une route l’un des meilleurs caricaturistes du pays.

Toutes ces fables trouvèrent leur apothéose lors de l’interview que Mansour accorda à deux journalistes de la télévision. C’était sa quatrième intervention publique depuis le début de la révolution. Seuls ses partisans les plus aveugles en attendaient quelque chose. Les autres ne furent pas déçus. D’emblée, il se voulut rassurant : la situation  était dangereuse, mais le régime était capable d’y faire face et les forces de sécurité marquaient des points tous les jours contre les terroristes. Au reste, il n’était pas inquiet et souhaitait « rassurer tout le monde ». Certes, la solution était politique – c’est pourquoi il ne relâchait pas son action réformatrice -, mais, tout le monde savait que certaines situations sécuritaires exigeaient l’intervention des forces de sécurité. Quant aux appels à sa démission, qui se multipliaient sur la scène internationale, ils étaient ridicules. Cela n’avait « aucun sens » dans le cas d’un chef d’Etat que son peuple avait confirmé lors du dernier referendum.

Autant parler à un mur.

Pourtant, ce mois de ramadan avait apporté quelques changements confortant les protestataires dans leurs espoirs.

Dès les premiers jours de ce mois, la violence exercée sur ses sujets, malgré le ramadan, avait exaspéré le Royaume. Le Roi avait sommé Mansour d’arrêter la machine à tuer avant qu’il ne soit trop tard. Dans la foulée, lui et ses vassaux avaient retiré leurs ambassadeurs. Les Ottomans avaient continué leur jeu grotesque en déclarant qu’ils étaient « à bout de patience ». Mais plusieurs pays occidentaux, dont les Républiques d’Amérique, de France et d’Allemagne et le Royaume Britannique, avaient déclaré que, pour Mansour, le moment était venu d’abdiquer. Aussi, bien que les Empires russe et chinois aient répété que Mansour avait besoin de plus de temps pour réformer, il ne faisait pas de doute que, cette fois, le Sultanat était de plus en plus isolé sur la scène internationale.

Par ailleurs, le temps rognait peu à peu les soutiens habituels de Mansour. La mise en place de sanctions internationales, la disparition des touristes, le ralentissement économique, le gel des cartes de crédit internationales avaient profondément mécontenté les hommes d’affaires. Nombre d’entre eux commençaient à considérer que le pacte tacite entre eux et lui était rompu. Il reposait sur une formule simple « Enrichissez-vous et ne vous mêlez pas de politique » avec, cependant, un codicille qu’ils n’avaient jamais apprécié : « Vous reverserez systématiquement un pourcentage de vos gains à mon cousin Atef ». Lequel se chargeait de le redistribuer aux membres et apparentés de la famille régnante. Tant qu’ils avaient gagné beaucoup d’argent, les hommes d’affaires s’étaient gardés de protester contre cette clause et de renégocier l’ensemble de l’accord.

Comme beaucoup de ses homologues, mon frère aîné se jugeait libéré de ses obligations envers le pouvoir. Il avait donc commencé à donner de l’argent aux activistes, notamment pour aider les familles des victimes. Pendant le ramadan, il reprit une technique qu’avaient jadis beaucoup utilisée les grands bourgeois en opposition à la puissance coloniale afin d’accroître leur popularité dans le peuple. Il décida d’ouvrir sa table à l’heure de la rupture du jeûne à tous ceux qui le souhaitaient.

« N’est-ce pas un peu dangereux ? objecta mon père lorsqu’il vint nous annoncer sa décision. Mansour est encore assez fort pour te le faire payer.

- En affaires, il faut savoir prendre des risques, répondit-il. Si j’attends trop pour me démarquer du régime, il sera trop tard. Nous perdrons tout parce qu’on nous assimilera à des collaborateurs.

- Tout le monde sait que ton frère est une victime de Mansour, dit mon père en me montrant de la main.

- Cela ne suffira pas. Il a prêté la main à la répression au départ, ne l’oublie pas. Il faut aller plus loin pour donner des gages aux opposants. »

Ce discours était celui d’un parfait cynique. Il m’aurait amusé s’il n’était venu de mon frère. Il correspondait à un état d’esprit général. Quelques semaines plus tôt, Atef n’avait trouvé personne pour accepter d’entrer au conseil d’administration de sa holding qui devait renouveler ses membres. Les rats prenaient la fuite. Chacun à sa manière. Les plus trouillards, qui avaient souvent été les plus lèche-culs, se déclarèrent malades et disparurent de l’horizon. Ils réapparaîtraient, comme par enchantement, une fois le régime tombé. Les plus prudents avaient transféré l’essentiel de leurs affaires dans les états du Golfe, où ils avaient aussi installé leur famille (plutôt dans la Principauté, s’il s’agissait de chrétiens). Les plus audacieux, comme mon frère, faisaient le pari de réussir à temps leur reconversion en opposants du régime.

Je reçus cependant un coup de fil « amical » (sic) du palais me conseillant de suggérer à mon frère d’arrêter au plus vite sa pratique de « table ouverte aux révolutionnaires ». Un don en devises aiderait le palais à oublier sa folie du ramadan. Il ferma sa porte, procéda au don recommandé, mais maintint son aide financière à la révolution, non sans faire savoir qu’il avait subi des menaces du sultan.

Les imams et les cheikhs commençaient eux aussi à ruer dans les brancards. Ils étaient choqués que Mansour ait pu sans vergogne, en plein mois de ramadan, massacrer des foules entières. Aussi accueillirent-ils avec soulagement la fatwa lancée par un cheikh renommé dans le monde islamique déclarant hérétique le régime de Mansour. C’était au fond ce qu’ils avaient toujours pensé, mais que, par prudence, ils s’étaient toujours gardé d’exprimer. Certes, le sultan conservait des partisans dans les mosquées, comme son grand mufti, toujours prêt à toutes les bassesses pour conserver sa place et les privilèges qu’elle lui avait assurés. Mais les fidèles commençaient à les délaisser pour des prêcheurs dont le discours rejoignait davantage leurs pensées. Dans la Cité, par exemple, deux mosquées attiraient un grand nombre de fidèles chaque vendredi (dont, parfois, quelques chrétiens, venus là pour se joindre ensuite aux manifestations) dans les quartiers de Kafer Sijan et de al-Hassa.

De plus, chaque siège ordonné par Bahjat amenait de nouvelles fournées de défections. Les visiteurs de mon père, tous anciens généraux, soulignaient évidemment qu’aucune unité n’était pour l’heure entièrement passée à la révolution et qu’aucun haut gradé n’avait encore trahi Mansour. Ils se lamentaient d’avoir trop bien servi le vieux sultan en concevant un système hiérarchique empêchant un coup d’état militaire. Il était un peu tard pour s’en aviser et pour oublier tous les avantages que leur avait valus leur obéissance aux instructions reçues.

Une défection bien plus importante se produisit au dernier jours du ramadan, la veille du petit Aïd. Nous apprîmes d’abord, via la télévision publique, que des « gangs armés de fusils et de mitrailleuses» avaient kidnappé le procureur général d’Epiphania ainsi que son chauffeur et son garde du corps. Cette nouvelle était tellement étonnante que je soupçonnai immédiatement les médias publics de désinformation. De fait, deux jours plus tard, nous sûmes que, loin d’avoir été enlevé, le procureur avait démissionné de ses fonctions pour protester contre les horreurs commises à Epiphania, que le régime lui avait demandé de couvrir. Il les détaillait dans une vidéo que certains d’entre nous purent voir sur Internet et accusait le ministre de l’Intérieur et une dizaine de membres des forces de sécurité d’être responsables du massacre de civils pacifiques. Bien entendu, les médias publics contrèrent ses accusations en indiquant que le malheureux procureur avait été contraint à ses déclarations par ses odieux ravisseurs.

J’imaginais très bien Mansour ordonnant cette réplique pour couper court à la polémique et tout aussi bien sa colère en découvrant que le procureur prétendument kidnappé était apparu une seconde fois sur Internet pour démentir son enlèvement, maintenir toutes ses accusations et préciser que seuls les Spectres avaient tenté de s’emparer de lui. Là encore, l’affaire tournait à la farce et ridiculisait le régime. Mieux valait ce jour-là ne pas être convoqué par Mansour, comme me l’apprit Hiba lorsqu’elle m’appela, ce qu’elle le faisait régulièrement, pour prendre de mes nouvelles. « S’il ne t’avait pas encore mis à la porte, il l’aurait fait ce soir », me dit-elle d’un petit ton impertinent.

Si Mansour ne cessait de perdre ses soutiens traditionnels, une véritable opposition semblait en train de se constituer. Mansour avait longtemps pensé que la désunion, bien connue, de ses opposants empêcherait la formation d’une alternative à son pouvoir. Les Ottomans qui l’avaient compris, avaient poussé les différentes tendances de l’opposition à remiser leurs egos et leurs vieux antagonismes pour présenter un front uni face au sultan. Elles y étaient parvenus, non sans difficulté, et s’étaient même entendues, à la fin du ramadan, sur le nom d’un président, Khalid al-Hakim, dont j’ai déjà parlé.

« Le sultan ne croit pas que cette opposition prétendument organisée obtiendra le soutien des Occidentaux, m’assura Hiba. Il y a trop d’Ikhwan dans leurs rangs et pas assez de laïcs. » En l’occurrence, sa haine pour les Ikhwan, héritée de son père, ne lui faussait pas le jugement. Il est vrai que les Occidentaux rechignèrent à accorder à cet organe la légitimité dont il avait besoin pour pouvoir s’opposer efficacement à Mansour. Sans doute avons-nous, pour cela, perdu beaucoup de temps, c’est-à-dire beaucoup de vies.

Plus important encore, je l’ai déjà dit, le ramadan avait vu la chute peu glorieuse du Grand Bédouin. Cet événement avait une double signification. Premièrement, les despotes cruels, qui semblaient plus difficiles à déboulonner que le Pharaon ou le tyran du Beylicat, pouvaient eux aussi être renversés. Pour autant, fallait-il ajouter, que des puissances étrangères acceptent de soutenir les insurgés. Mais, c’était le second point, ces mêmes puissances se trouvaient à présent libérées de la charge militaire et financière qu’avait représentée leur intervention.

C’est pour cette raison que, accablés par les pertes qu’ils avaient subies pendant le mois sacré, un nombre croissant de manifestants, qui avaient jusque-là adhéré à la conviction des Tansiqiyat – la révolution sultanienne devait être et rester pacifique –, se mirent peu à peu à réclamer une intervention étrangère. A Emèse, deux jours après la chute du régime du Grand Bédouin, des manifestants réclamèrent pour la première fois que l’OTAN instaure une No-Fly Zone au-dessus du sultanat.

Personne ne prit cette demande au sérieux, ni l’opposition en train de s’organiser, ni, bien sûr, la Nébuleuse. Ce en quoi elles avaient tort. Les habitants d’Emèse, qui avaient déjà subi plusieurs fois le feu de Mansour et traverseraient des épreuves pires encore que celles que pouvait leur présenter leur imagination, savaient sans doute bien mieux que les autres dans quel abîme Mansour était en train de nous entraîner.

Je partageais ce savoir avec eux. Si l’on m’avait alors interrogé, comme on le fait à présent, trop tard, j’aurais répondu sans hésiter qu’il fallait non seulement cesser d’espérer que Mansour puisse changer, mais cesser d’espérer qu’il puisse arrêter la machine à broyer qu’il avait déclenchée. J’aurais répondu qu’avec lui, il fallait s’attendre au pire. Et même au pire du pire. Car je le croyais capable, si on ne l’arrêtait pas, de se battre jusqu’à la fin, c’est-à-dire jusqu’à la mort de son dernier sujet.